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Critique du livret « Bilan municipal 2020-2026 » du maire sortant et de son bilan municipal

Il y a une chose qu’on ne peut enlever à Karim Bouamrane : il excelle dans l’autopromotion. Mais la promo, c’est comme la pub : il y a souvent un monde entre ce qu’elle veut nous vendre et la réalité. On s’est du coup penchés sur son bilan, un livret de 36 pages en papier glacé tout à sa gloire.

Critique du livret « Bilan municipal 2020-2026 » du maire sortant et de son bilan municipal

Pour glorifier un bilan, mieux vaut commencer par assombrir le passé. Dès les premières lignes, le ton est donné : avant lui, Saint-Ouen était une ville « à l’arrêt ». Dans son discours à la cérémonie des Trombinoscopes (12/02/25), il précise même, sans rire : « Une ville d'Allemagne de l'Est à l'arrêt ».

Non, celles et ceux qui sont arrivés à Saint-Ouen après le 26 juin 2020, date de l’élection de Karim Bouamrane, n’ont pas raté la chute d’un mur audonien ! Le mandat de William Delannoy aura vu une bétonisation accrue, la suppression des mesures de lutte contre la spéculation immobilière et l’explosion concomitante des prix du logement, l’absorption de l’OPH par la Semiso avec une gestion catastrophique de cette dernière, accrue depuis, la suppression de subventions, de prêts de locaux et de matériel à des associations, etc. Pas vraiment une ville à l’arrêt donc, mais une pente prise dans le mauvais sens que, malheureusement, le maire sortant n’aura pas inversée.

Dans la période antérieure à 2014, même si tout n’était pas parfait, la ville était le fer de lance de la lutte contre la spéculation immobilière et avait réussi à enrayer cette dernière. Elle a inspiré nombre d’autres communes dans la métropole parisienne et au-delà. Or, lors des municipales de 2014, William Delannoy et Karim Bouamrane avaient en commun de vouloir mettre un terme à cette politique. C’est au fond ce projet qui a été appliqué depuis, en faisant exploser les prix de l’immobilier et des loyers, mais aussi le coût de la vie.

Avant 2014, dans les grands projets d’aménagement, des espaces verts étaient intégrés (parc François-Mitterrand dans la ZAC Victor-Hugo, grand parc dans la ZAC des Docks), ce qui n’a plus été le cas ensuite.

En matière culturelle, sportive, de loisirs, de vacances, d’événements festifs et conviviaux dans lesquels la population pouvait se retrouver dans sa diversité, Saint-Ouen présentait une offre importante.

En matière culturelle, loin de tout immobilisme, on peut citer (outre l’Espace 1789, le conservatoire de musique, de danse et de théâtre, le musée d’art et d’histoire de Saint-Ouen) : l’Atlas pour la culture scientifique, la construction des médiathèques Persépolis (2009) et Lucie-Aubrac, la création de Mains d’Œuvres (2001) grâce à un très fort soutien municipal, Commune Image (2010), l’Art dans la ville, etc.

Saint-Ouen était donc bien loin d’être une ville à l’arrêt.

Dans le même registre, le maire sortant, toujours modeste, porte ce jugement sur son mandat :

« On avait monté les communautés les unes contre les autres. C'était la régression partagée, l'anxiété était partagée, le désespoir était partagé.

Et là, on s'est réconciliés avec toute une frange de la population. On a porté haut et fort notre vision.

Espoir partagé, progrès partagés, logements dignes, végétaliser la ville. »

Voyons voir :

« Espoir partagé » ? Cela dépend de quel côté de la ligne de partage on se situe : l’espoir de juteux profits pour les spéculateurs est indéniable, beaucoup moins pour les habitant·es qui sont abandonné·es, notamment dans les milieux populaires et dans le logement social.

« Progrès partagé » ? Là encore, ça dépend où l’on se situe. La politique de la mairie n’a en rien atténué les profondes inégalités causées par dix ans de politique macroniste. L’excellence, ici, n’est pas pour tout le monde.

« Logements dignes » ? Demandez aux locataires du parc Semiso ce qu’ils en pensent. On peut plutôt parler de trop de logements à des prix indignes, aggravant la ségrégation sociale et territoriale.

« Végétaliser la ville » ? Bouamrane fait dans une novlangue digne de George Orwell puisqu’il rebaptise « bétonisation » en « végétalisation ». Le dernier espace vert digne de ce nom créé à Saint-Ouen, c’est le grand parc des Docks, et il n’y est pour rien.

Enfin, on se demande en quoi ses prédécesseurs auraient « monté les communautés les unes contre les autres ». Mais cela fait sans doute bien et « universaliste » à peu de frais, tendance Printemps républicain.

Fiscalité

Karim Bouamrane dit que Delannoy a augmenté les impôts de 45 %, mais on notera qu’il n’est pas revenu sur ce pourcentage.

Taxe foncière

Si le taux communal de la taxe foncière n’a pas augmenté, ses bases, elles, ont fortement augmenté, et celle payée par les propriétaires également, du même coup. La municipalité sortante n’a pas voulu baisser le taux pour compenser tout ou partie de l’augmentation importante des bases durant le mandat, ce qui peut se défendre, mais elle a beaucoup communiqué sur une prétendue absence d’augmentation de la taxe foncière, ce qui n’est pas vrai.

À noter aussi une multiplication des surfaces occupées par des administrations non communales ou intercommunales, c’est un choix d’aménagement, qui bénéficient d’une exonération de taxe foncière et entraînent une perte de recettes pour la commune : siège du Conseil régional d’Île-de-France, DGSI, campus hospitalo-universitaire Saint-Ouen Grand Paris-Nord qui remplace deux pourvoyeurs de taxes foncières qu’étaient l’usine Stellantis et Conforama.

Sécurité

Dès les premiers chiffres sur la sécurité, on y découvre quelques incohérences.

À la page 3 de ce document, il est dit que la police municipale est passée de 4 à 40, alors que page 7 c’est de 5 à 35 ! Quel est le bon chiffre ?

On peut légitimement s’interroger sur l’utilisation, et donc l’action, de cette police municipale. A-t-on besoin d’une police municipale qui, au fond, sans les pouvoirs régaliens et la formation de la police nationale, duplique cette dernière, ou bien d’une police de proximité et de prévention, avec des îlotier·ères présents dans chaque quartier ? La question vaut réponse.

Ce document nous dit également que, depuis 2020, ont été installées 1 000 caméras : 500 Semiso, 500 dans l’espace public ! D’après nos sources, on n’y arrive pas. En 2020, il y avait 90 caméras dans l’espace public (source : adjoint au maire à la sécurité de William Delannoy). Début 2024, dans l’espace public, on en compte 350 (rapport pour la commission permanente du Conseil régional daté de septembre 2024), et seulement 180 seront ensuite déployées entre septembre 2024 et avril 2026. On est loin des 1 000 annoncées.

Mais après tout, mieux vaut sans doute, car tout cela coûte une fortune qui enrichit des prestataires privés. D’ailleurs, il est bien difficile de trouver leur coût d’installation et d’exploitation sur 5 ans, 10 ans, 15 ans, 20 ans. Le tout pour une efficacité non évaluée et souvent douteuse, au moins dans les espaces en plein air.

La vidéosurveillance surveille en permanence tout le monde, et principalement les personnes qui n’ont commis aucun délit (c’est le cas de la majorité des gens qui passent sous l’œil d’une caméra). Des vols et dégradations dans les parkings de la Semiso ne donnent souvent lieu à aucune suite ou à aucun aboutissement concret, même en cas de plainte. La police ne demande pas toujours les enregistrements vidéo à temps, ceux-ci ne permettent pas toujours d’identifier les auteurs des faits, les classements sans suite sont légion, etc.

De toute manière, la police et la justice n’ont pas les moyens de s’occuper de tout et font un tri.

Entre plus de présence humaine et des centaines de caméras, nous avons pour notre part choisi.

Enfin, concernant les points de deal et leur éradication annoncée de 5 sur 7, pas si évidente que cela par ailleurs, ces derniers s’étant parfois simplement déplacés, la commune n’y est pas pour grand-chose, à part pour le revendiquer. On peut dire merci aux Jeux olympiques et à l’action effectivement volontariste de l’État, car pour le coup ce sont vraiment les ministères de l’Intérieur et de la Justice qui ont fortement agi ici.

Stationnement

Transfert à Plaine Commune

Transfert à Plaine Commune du droit de fixer les tarifs de stationnement sur voirie et d’en percevoir les recettes (455 000 € en 2022 pour Saint-Ouen).

Saint-Ouen percevra les amendes de police de la circulation routière, dont le montant ne paraissait pas devoir compenser la perte de recettes due au transfert des amendes de stationnement.

Il était indiqué que les tarifs devaient être fixés en cohérence avec la tarification des parkings publics et privés, d’où l’explosion des tarifs.

Plaine Commune ayant déjà des difficultés à exercer de manière satisfaisante ses compétences en matière de voirie, de propreté et d’éclairage public, la pertinence de cette extension de ses compétences paraît douteuse.

Contrôle automatisé

Les amendes de stationnement se font essentiellement par des véhicules de sociétés privées qui scannent les plaques (NB : on scanne les plaques de tout le monde, y compris celles des personnes n’ayant commis aucune infraction).

Certes, cela libère des agents de police qui ne passent plus leur temps à mettre des amendes (il est à noter que l’on pourrait très bien faire faire ce travail par des ASVP – agents de surveillance de la voie publique –, on n’a pas besoin de policiers pour cela).

Toutefois, c’est une véritable machine à faire de l’argent, sans aucune priorisation des infractions. Ainsi, est-il plus rentable de sillonner plusieurs fois par jour les grands axes que de s’occuper des véhicules garés en double file ou qui bloquent complètement la circulation de certaines rues à voie unique, des véhicules stationnés illégalement sur les places réservées aux personnes handicapées, sur les emplacements de livraison (obligeant les camions à bloquer des rues pour charger et décharger), à des endroits interdits et dangereux car privant de toute visibilité, aux angles des carrefours notamment, etc.

Là où l’action humaine peut être ciblée sur des priorités, le dispositif actuel ne le permet pas.

Parkings Semiso

Privatisation de la gestion des parkings de la Semiso, gérés par Yespark, avec des prix doublés pour les nouveaux contrats durant le mandat de Delannoy sans que cela n’ait été remis en cause par Karim Bouamrane.

Éducation

Le maire sortant nous dit ensuite avoir construit 6 nouvelles écoles, qui sont en fait 3 groupes scolaires.

Nuance : ces trois groupes ont été « inaugurés » sous son mandat, entre juillet et septembre 2023, mais la décision et la planification de leur construction datent du mandat précédent.

Ce que ne dit pas son bilan, c’est l’entretien de certaines écoles transférées en délégation de service public, sans compter le manque de titularisation des agents publics travaillant dans les écoles.

Logement

Au sujet du logement, là encore les chiffres se contredisent : page 3 on annonce fièrement 500 millions d'investissements qui se réduisent à 350 millions page 11 ! On espère que le budget de la ville a mieux été tenu que ces incohérences. En attendant, on est preneurs du vrai chiffre.

Sur le logement social, difficile de trouver les informations. Toutefois, en recoupant les différentes sources, on peut sans peine contredire Karim Bouamrane quand il dit avoir monté la part des logements sociaux à 41 %.

Nous trouvons 37 % au maximum. Suivez notre petite démonstration de la supercherie : en 2020 il y avait 27 003 logements à Saint-Ouen, en 2022 nous étions à 27 914 (source INSEE). En partant du fait que la construction de nouveaux logements est à peu près constante chaque année, 900 logements en 2 ans nous emmèneraient à 2 700 sous son mandat. Or Karim Bouamrane nous dit par ailleurs que, sur cette même période, il aura construit 552 logements sociaux : en conséquence 552 sur environ 2 700, cela nous donne une part de 20 % de logements sociaux nouvellement construits. En conséquence, sous son mandat, contrairement à ce qu'il dit, la part de logements sociaux a baissé !

D’ailleurs, toujours page 11, il est écrit noir sur blanc que sur 74 logements construits dans le cadre du PRIR (le programme de renouvellement urbain d'intérêt régional), la part du logement social ne représente que 28 %, avec seulement 22 % de logements locatifs sociaux (les 6 % restants sont de l’accession sociale à la propriété). Ce qui confirme notre interrogation : comment prétendre atteindre les 41 % avec des parts de logements sociaux nouvellement construits aussi faibles ?

Concernant les projets de renouvellement urbain des quartiers Cordon / Lamotte / Taupin et du Vieux-Saint-Ouen, il va y avoir une perte nette de 54 logements. Une partie des logements locatifs sociaux détruits va être remplacée par de l’accession à prix libres, des logements en BRS (bail réel solidaire), etc. Question : combien de logements locatifs sociaux vont-ils être perdus au total ?

Enfin, si l’on prend les chiffres du Répertoire du Parc Locatif Social (RPLS) au 1er janvier 2023, il y avait 8 806 logements locatifs sociaux à Saint-Ouen.

(cf. https://www.insee.fr/fr/statistiques/8584132)

Dans le dossier complet de la commune, sur le site de l’INSEE, il y avait 27 914 logements au total à Saint-Ouen en 2022.

(cf. https://www.insee.fr/fr/statistiques/2011101?geo=COM-93070)

Le rapport entre ces deux chiffres donne un taux de logements locatifs sociaux de 31,55 %.

Selon une autre source

(cf. https://www.demande-logement-social.gouv.fr/offresParCommune.afficher), les logements locatifs sociaux seraient au nombre de 8 354 à 8 370 à Saint-Ouen au 1er janvier 2024. Cela donnerait un taux de logements locatifs sociaux encore plus faible.

Toutefois, sont inclus dans les logements sociaux, pour l’application de l’article 55 de la loi SRU, les logements PSLA (Prêt social location accession) et BRS (Bail réel solidaire), les logements ou les lits des logements-foyers de personnes âgées, de personnes handicapées, de jeunes travailleurs, de travailleurs migrants et des logements-foyers dénommés résidences sociales conventionnées, ainsi que les places des centres d'hébergement et de réinsertion sociale (CHRS).

Ajoutons d’autres éléments où, là encore, on est loin entre les intentions et la réalité.

Permis de louer

La mise en place du permis de louer, en 2022, est une bonne chose afin de lutter contre la location de logements indignes.

Toutefois, il manque de personnel pour s’en occuper et pour rendre ce dispositif pleinement effectif.


Encadrement des loyers

Encore une fois, c’est un outil intéressant, mais le manque de contrôles et de sanctions donne peu d’effectivité à cette mesure.

Paris a récupéré le droit d’infliger des amendes en lieu et place de la préfecture, pas Saint-Ouen.

À Saint-Ouen, les locataires doivent saisir la préfecture ou la justice, ce qu’ils ne font quasiment jamais tant c’est compliqué.

Combien de propriétaires hors la loi ont été sanctionnés à Saint-Ouen ?

Poursuite du bétonnage de la ville

Les projets immobiliers ont continué à bétonner la ville.

Le conseiller municipal d’opposition, Franck Borde, avait demandé la création de périmètres d’études pour bloquer les constructions durant trois ans, le temps de réviser le PLU, ce que la municipalité n’a pas voulu faire.

Poursuite de la spéculation immobilière

En 2015 : 4 467 € / m² en moyenne

Aujourd’hui : entre 6 000 et 7 000 € / m² en moyenne

Les loyers suivent l’augmentation des prix de l’immobilier, contraignant de nombreuses personnes à quitter la ville, notamment des jeunes qui quittent le foyer familial, mais aussi de nombreuses personnes suite à une perte d’emploi, une séparation, une longue maladie ou une augmentation de leur loyer dépassant leurs capacités financières, etc.

BRS (Bail réel solidaire)

Ce dispositif d’accession sociale à la propriété permet aux accédants d’acheter le bâti mais pas le terrain sur lequel celui-ci est construit et donc de payer leur logement beaucoup moins cher. En contrepartie, les accédants paient une redevance mensuelle pour l’occupation du terrain.

La municipalité sortante a favorisé la construction en BRS (des centaines de logements ont été construits en BRS ou sont en projet), mais avec des prix d’achat et des redevances trop élevés au départ, ce qui s’est traduit dans un premier temps par un relatif échec (notamment du premier projet, avenue du Cimetière) et qui ont dû être revus à la baisse.

Le BRS est utile pour lutter contre la spéculation immobilière. Il est comptabilisé dans le logement social. Toutefois, la plupart des demandeurs de logements sociaux ne sont pas en mesure d’acheter, même en BRS.

Ce dispositif ne doit donc surtout pas remplacer la construction de logements locatifs sociaux.

Par ailleurs, il y a un problème de conditions de revenus pour accéder à la fois au dispositif et au crédit : il ne faut pas gagner trop pour bénéficier du BRS, mais suffisamment pour avoir accès au crédit, ce qui restreint énormément les possibilités d’accès au BRS.

Usufruit locatif social (ULS)

À au moins deux reprises (dont avenue du Cimetière), la municipalité a permis la réalisation de logements en ULS (apportant même sa garantie d’emprunt), malgré le fait que les chartes promoteurs de Saint-Ouen et de Plaine Commune proscrivent ce dispositif.

L’ULS permet à des investisseurs privés d’acquérir la propriété de logements en n’en payant que 60 % du prix, avec comme contrepartie de laisser l’usufruit de ces logements à un bailleur social durant 15 à 20 ans. Ce dernier paie les 40 % restants du prix et peut louer les logements concernés durant cette même période.

À la fin de celle-ci, le bailleur n’est plus propriétaire de rien et doit reloger les locataires, qui doivent déménager pour pouvoir rester dans le logement social.

Ce dispositif précarise le logement social et ses locataires et constitue un véritable cadeau aux investisseurs privés, qui bénéficient d’énormes avantages fiscaux et de plus-values sur les constructions, en plus d’un prix d’achat initial très avantageux.

Une demande de logements sociaux très élevée et insatisfaite

Au 31/12/2024, il y avait 6 605 demandes de logement social en attente à Saint-Ouen

(cf. https://www.demande-logement-social.gouv.fr/offresParCommune.afficher).

En 2024, 395 logements sociaux ont été attribués sur la ville.

Sans effort de construction de logements sociaux à des prix accessibles, on ne parviendra jamais à répondre à cette demande.

Charte promoteur

22 à 25 % de logements sociaux dans les nouvelles constructions, ce n’est pas suffisant, d’autant plus que ce taux ne s’applique pas aux petites opérations de moins de 50 logements, alors que le foncier disponible pour les opérations plus importantes s’est terriblement raréfié au cours des deux derniers mandats.

Il faut assurer une certaine qualité des logements construits, en plus du prix plafond.

Le plafond moyen a été fixé à 6 000 € HT du m², ce qui est déjà élevé, mais malheureusement en rapport avec l’explosion des prix de l’immobilier depuis 2014.

Quel bilan de sa mise en œuvre ?

Est-ce que les prix ont respecté le plafond ou pas ? Le bilan ne le dit évidemment pas.

Patrimoine diffus

Il s’agit de logements isolés que la ville possède, dans des immeubles la plupart du temps.

La ville possédait 380 lots, dont seulement 112 occupés en mars 2024.

La ville ne gère pas ou très mal ce patrimoine, que souvent elle ne loue pas, ne vend pas, ne remet pas en état, voire pour lequel elle ne paie pas les charges de copropriété.

Reprise par la ville de la gestion du diffus, qui avait été déléguée à Nexity (sous Delannoy ?).

35 à 40 logements à vendre.

Ces logements ont un coût (charges, portes anti-squat, travaux...) et toute non-location entraîne une perte de recettes.

Laisser ce patrimoine se dégrader lui fait également perdre de la valeur.

Logements non conventionnés gérés par la Semiso (hors diffus)

Ils sont gérés par la Semiso.

Ils ne seraient pas transférés à Plaine Commune Habitat, mais qui va les gérer dans ce cas après le transfert des logements sociaux à Plaine Commune Habitat ? La question, là aussi, reste ouverte.

LLI (logements locatifs intermédiaires)

Il en manque dans la ville, mais ils ne doivent absolument pas être comptabilisés dans les logements sociaux, comme certains le souhaiteraient.

Semiso

Dysfonctionnements :

– absence de chauffage dans certains logements pendant un mois…

– manque de réactivité, de réponses

– problèmes d’erreurs dans l’envoi des quittances, etc.

Explosion des charges, qui n’étaient pas gérées, avec des régularisations pouvant aller jusqu’à 2 500 ou 3 000 €.

Sous la pression de la mobilisation, la Semiso a pris en charge une partie de cette augmentation des charges, mais sans s’attaquer aux causes pour l’instant.

Il y a deux ans de retard dans les régularisations de charges. Nous en sommes encore à celles de 2023, et celles de 2024 et de 2025 nous attendent. On peut parier que la Semiso et la municipalité vont faire de la rétention et attendront que les élections municipales soient passées pour envoyer les factures.

Il y a un manque de personnel à la Semiso pour gérer certaines tâches, notamment les charges, avec les conséquences catastrophiques que l’on connaît.

Et un niveau très élevé des salaires de la direction générale de la Semiso, pour un travail qui ne le mérite pas.

Il faut revoir la Semiso de fond en comble.

Écologie

Concernant l'écologie, on ne voit aucune amélioration, sinon dans les déclarations, là encore. Le rapport surfaces construites / espaces verts s’est plutôt dégradé depuis l’ouverture du grand parc dans les Docks, fin 2013. Le maire sortant évoque dans son bilan le parc François-Mitterrand, qui a été créé sous le mandat de Jacqueline Rouillon.

Page 11, il nous dit clairement (photos à l’appui) que les 16 ha d’espaces verts livrés sont en fait des carrés de pelouse aménagés au milieu des nouveaux quartiers sortis de terre ! Et est-ce accessible à tous ou aux seuls riverains ?

Page 13, on évoque la « création de 12 nouveaux parcs et espaces verts livrés d’ici 2026 ». Il est à noter qu’il inclut dans son bilan des projets non réalisés et qu’il nomme « parc » de petits espaces verts qui n’ont de parc que le nom, à l’instar du parc Angela-Davis. En termes de surface, tout cela reste dérisoire.

Certains petits espaces verts ont été créés mais ne sont pas accessibles, comme dans l’enceinte du Conseil régional d’Île-de-France (2018).

Également à son crédit (page 13) la « préservation des jardins Guinot et de l’impasse Juif » : oui, mais ils existaient déjà et c’est surtout parce que des citoyen·nes se sont battus pour. Idem pour la « préservation du rucher audonien », qui existait déjà lui aussi. Il revendique le « grand parc labellisé », comme si la création du grand parc, antérieure à son mandat, lui devait quoi que ce soit.

Les changements de pratiques pour préserver la biodiversité dans les cimetières sont également bien antérieurs à son mandat.

Bref, avec Karim Bouamrane, on recycle surtout les réalisations de celles et ceux qui l’ont précédé. On dénombre aussi beaucoup d’actions rendues obligatoires par la loi (composteurs collectifs…) et d’actions mises en place par Plaine Commune (collecte des déchets, par exemple), etc.

Il nous parle ensuite des 9 km de pistes cyclables (de son aveu page 17, sur les voies départementales, donc sur les axes nord-sud), donc rien sur les axes est-ouest. Ou plutôt si, il y en a une rue du Landy, tout au nord de Saint-Ouen (pour quelqu'un des Docks, il vaut mieux passer par Paris !).

Sur les départementales, c'est du ressort du département. La piste sur la RD1 quai de Seine était prévue au SDIC de 2001-2002, Schéma départemental des itinéraires cyclables. La carte SDIC a disparu du site du CG93.

En résumé, la circulation à vélo est souvent dangereuse à Saint-Ouen. Il n’y a généralement pas d’itinéraires de contournement ou sécurisés dans les nombreuses zones de travaux qui se succèdent en permanence dans la ville.

Concernant la collecte hebdomadaire des déchets recyclables, dont on nous dit que le rythme a été multiplié par deux en 2022, il faut savoir que c’est une amélioration suite à une dégradation antérieure de cette même collecte. Bref, on avance d’un pas après avoir reculé d’un pas. C’est sûr qu’en multipliant les reculs, on va se donner les moyens de faire des avancées ultérieures. En outre, la collecte des déchets est réalisée par Plaine Commune, pas par Saint-Ouen.

Concernant l’énergie, Bouamrane s’enorgueillit (page 13 de son bilan) :

  1. de la pose de 280 panneaux photovoltaïques sur le toit de l’école Jean-de-La-Fontaine.
  2. C’est sûr qu’en comptant le nombre de panneaux, cela fait tout de suite plus impressionnant, mais en réalité cela signifie qu’on n’en a équipé qu’un seul bâtiment public et pas 280. C’est tout de suite moins impressionnant présenté comme ça.

  3. du développement du réseau CPCU.

D’une part, la CPCU n’appartient pas à Saint-Ouen. C’est une entreprise publique locale, filiale d’Engie et concessionnaire de la Ville de Paris. D’autre part, elle est implantée sur la ville depuis très longtemps.

Le fait que des immeubles d’habitation de Saint-Ouen soient chauffés par la CPCU ne doit donc pas grand-chose à la municipalité actuelle.

Commerces

Pages 20-21 : le maire sortant nous parle de commerce de proximité alors qu’il passe son temps à inaugurer des enseignes de grande distribution ! Où est la cohérence ? Et que dire de l’augmentation en flèche des baux commerciaux, qui ont évidemment un impact sur l’augmentation du coût de la vie à Saint-Ouen ?



Santé

Karim Bouamrane nous dit page 23 que Saint-Ouen est en passe de sortir du désert médical, notamment grâce au Grand Hôpital Nord. Sauf qu’un centre hospitalo-universitaire n’a pas vocation à faire de la médecine de ville et que celui-ci spécifiquement ne fera que baisser l’offre des environs en fermant les hôpitaux Bichat et Beaujon, avec une diminution globale du nombre de lits.

Et que dire des projets d’hôtel hospitalier 4 étoiles de 137 chambres pour patients ne nécessitant pas de soins en chambre et pour les familles, de celui de LinkCity sous marque Hampton by Hilton, hébergement payé par l’Assurance maladie. Nous sommes en plein dans la privatisation et le renchérissement de la santé.

Il nous dit aussi +30 % de médecins libéraux depuis 2020. Vu la difficulté pour trouver un rendez-vous avec un généraliste à Saint-Ouen, nous avons beaucoup de doutes.

Donner un pourcentage, c’est en outre fausser la réalité : on partait de combien ? Quel a été dans le même temps la croissance de la population sur la période, l’inégale répartition des médecins libéraux sur la ville ?

Exemple : alors que dans le quartier Debain, la seule médecin libérale est partie en octobre 2024 sans être remplacée, le maire se félicite de l’ouverture d’un centre de santé privé rue du Docteur-Bauer.

Renforcer l’offre publique des CMS aurait été mieux.

Petite enfance

Page 25, on annonce +222 places en crèche. En réalité, il s’agit d’un pur tour de passe-passe. Ce chiffre ne correspond à aucune création de nouvelles places, mais simplement au transfert de compétence de trois crèches départementales vers la municipalité. Au final, le nombre de berceaux disponibles sur la ville reste le même : il n'y a aucune offre supplémentaire pour les parents.

Pire encore, la ville a fait le choix de confier ces structures à un opérateur privé, Les Petits Chaperons Rouges, un groupe dont les méthodes et les conditions de travail sont particulièrement inquiétants. Ce choix de la Délégation de Service Public (DSP) plutôt que de la gestion publique directe (en régie) est lourd de conséquences.

Le secteur des crèches privées à but lucratif est régulièrement pointé du doigt pour sa logique de rentabilité. En cherchant à maximiser les profits, ces opérateurs rognent sur les coûts, souvent au détriment direct du bien-être et de la sécurité des enfants. Les Petits Chaperons Rouges ont d'ailleurs déjà sollicité des dérogations pour ne pas remplacer le personnel absent ou pour recruter des profils moins qualifiés.

Peut-on vraiment croire à la promesse municipale de faire « mieux » avec un partenaire qui privilégie les économies de personnel à la qualité de l’accueil ? On peut en douter. D’autant que l’opération financière est une bombe à retardement : si le Département verse une aide durant 6 ans, tout le reste finira à la charge de la ville et des familles. À terme, c’est un surcoût de 700 000 € par an que les contribuables devront éponger pour un service bradé au privé.

En résumé : aucune place créée, une qualité d'accueil sacrifiée sur l'autel de la rentabilité et une facture salée pour l'avenir.

Sport

Sur le sport, comme dans plein d’autres domaines, les formulations employées dans le bilan de Karim Bouamrane mélangent sciemment les rares nouveautés et le préexistant.

La seule nouvelle création citée pages 32 et 33 est le gymnase Alice-Milliat.

Page 33 est revendiquée la rénovation des équipements sportifs. On le doit aux Jeux olympiques (la Nef, la piste d’athlétisme et le gymnase Pablo-Neruda). Karim Bouamrane n'y est pour rien, sauf pour couper les rubans.

Et encore, tout n’est pas parfait.

Sur l’Île-des-Vannes, le bâtiment boxe-piscine reste dans un état dégradé et doit être rénové. L'accès aux équipements de l'Île-des-Vannes ? Toujours aussi compliqué !

Une passerelle piétonne est prévue depuis la phase 1 des Docks.

À Pablo-Neruda, le club-house est dans un sale état. Les terrains de tennis extérieurs ne sont pas au mieux.

Stade Bauer

Suspension des travaux durant un temps en raison des problèmes du groupe Réalités, attributaire du marché et dont on ne connaît pas à ce stade l’avenir.

La construction du nouveau stade Bauer proprement dite ? Elle était prévue bien avant 2020.

Patinoire

Cela fait un gros équipement sportif de moins dans une ville qui en manque, notamment au regard de l’augmentation importante de sa population.

La mairie a invoqué des problèmes de sécurité pour fermer la patinoire en se basant sur un audit qui ne concluait pas à la nécessité de fermeture mais à la nécessité d’une mise aux normes.

Quid du projet de patinoire intercommunale qui avait été mis en avant pour justifier la fermeture ?

Quid des créneaux négociés pour le club des sports de glace dans d’autres patinoires ?

Bien entendu, cette fermeture s’est accompagnée de licenciements.


Gestion et dette

Page 34 : peut-on vraiment parler de gestion exemplaire ? Karim Bouamrane aurait réduit la dette de 50 millions tout en investissant 60 millions de plus ! Voilà un autre Mozart de la finance.

Voyons de plus près. Une partie de la réponse se trouve dans le budget de la ville.

On y lit (budget 2024) qu’y sont prévus 1 644 postes d’agents municipaux, or seulement 1 188 sont pourvus. Ce sont donc 456 postes nécessaires (28 %) qui ne sont pas attribués.

Cela représente environ 15 millions d’économies par an faites sur le dos du personnel communal. C’est autant de services municipaux insuffisamment pourvus en personnel qui fonctionnent mal, des conditions de travail pour les agents qui se dégradent et un accès aux services publics pour les Audonien·nes qui se réduit.

Démocratie

Le mandat de Karim Bouamrane a été marqué par une concentration considérable du pouvoir aux mains du maire et de ses plus proches.

L’ancienne 1ʳᵉ adjointe, Sabrina Decanton, nous a expliqué que la municipalité prenait parfois des décisions sur ses propres délégations sans même la consulter.

De très larges délégations de pouvoir ont été données au maire par le conseil municipal.

Exemples : décisions du maire pour les caméras de vidéosurveillance, pour les travaux d’étanchéité et de couverture pour quatre ans d’un montant de 2 millions d’euros, travaux de démolition et de déconstruction pour un montant de 4 millions d’euros sur quatre ans, etc.

En bref : d’énormes délégations au maire de pouvoirs du conseil municipal, qui n’ont plus fait l’objet que d’informations.

Charte de déontologie

Le devoir de réserve a été conçu comme un moyen de museler la liberté d’expression des agents publics.

Fonctionnement du conseil municipal

Les oppositions relèvent les promesses multiples d’envoi de documents qui n’étaient quasiment jamais envoyés.

Les élu·es n’avaient pas toutes et tous la possibilité d’être dans des commissions municipales.

Peu de réunions de commissions municipales, ce qui a constitué un des moyens de la concentration et de la confiscation du pouvoir dans les mains du maire et de ses plus proches, avec un manque de préparation démocratique des décisions, faute de possibilité de débat contradictoire, etc.

Plus généralement, une opposition généralement pas ou peu associée à la préparation des délibérations ou décisions.

Participation des habitant·es

Participation des habitant·es à la construction des projets : participation faible et non représentative de l’ensemble de la population, où seule une petite minorité se fait entendre.

On ne va pas vers les habitant·es, on se contente généralement de demander aux plus disponibles et motivé·es de se déplacer.

Les conseils de quartier ne sont pas représentatifs de la population de leur quartier.

La communication autosatisfaite du maire remplace donc l’information et le débat.

Culture

Conservatoire

Projet de conservatoire intercommunal entre Clichy et Saint-Ouen.

Conservatoire excentré rue Pierre (à la limite avec Clichy, près de la Seine), difficile d’accès.

Le manque de place au conservatoire de Saint-Ouen rend problématique ce projet dans lequel il va malheureusement falloir se partager les places avec Clichy.

Patinoire comme lieu culturel

Page 31 : la patinoire comme lieu de diffusion culturelle ?

Avec un billet d'entrée adulte à 12 €, cela ne s'adresse pas à tout le monde, notamment les familles monoparentales.




Ehpad

(Établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes)

Ehpad Lumière d’automne

Dédoublement des chambres à l’Ehpad Lumière d’automne : chambres doubles rendues individuelles et travaux d’extension.

À l’étude : création de 15 places supplémentaires seulement. Ont-elles été faites ?

Les capacités sont en tous les cas insuffisantes. Le besoin de construire un nouvel Ehpad et d’anticiper les 23 % de personnes âgées dépendantes prévues par l’INSEE est évident.

La demande de se tourner vers l’ARS pour demander l’ouverture d’un autre Ehpad public a été faite par l’opposition, sans aucune suite à notre connaissance.

D’autant plus que sous le mandat précédent, deux maisons de retraite privées ont été construites mais ne sont pas accessibles à tout le monde.

Mutuelle communale

Plusieurs listes l’avaient mise dans leur programme. Karim Bouamrane l’a annoncée à la toute fin de son mandat.

Est-ce que cela peut sérieusement intégrer un bilan ? Là encore, la question vaut réponse.

Conclusion

En conclusion, Karim Bouamrane s’attribue le mérite de nombre de mesures entreprises avant lui, surfe sur les Jeux olympiques et certaines interventions de l’État ou d’autres collectivités territoriales (un petit encadré le précise à la fin), gonfle les chiffres, privilégie le privé au public et fait du greenwashing.